LE DERNIER JOUR D’UN CONDAMNÉ de Victor Hugo.

 

Mise en scène, scénographie et adaptation : Philippe Labonne, lumières : Franck Roncière,

construction décor : Christophe Delaugeas, avec : Jean-Paul Daniel, Paul Eguisier, Yann Karaquillo.

Production : Le Théâtre en Diagonale, Théâtre de l’Union (CDN du Limousin), Théâtre du Cloitre (scène conventionnée de Bellac), La Fabrique (scène conventionnée de Guéret), La Mégisserie (Saint-Junien).

Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Limousin), Conseil Régional du Limousin, ville de Limoges.

 

L’édifice social du passé reposait sur trois colonnes, le prêtre, le roi, le bourreau. Il y a déjà longtemps qu’une voix a dit : les dieux s’en vont ! Dernièrement une autre voix s’est élevée et a crié : les rois s’en vont !

Il est temps maintenant qu’une troisième voix s’élève et dise : le bourreau s’en va !

A ceux qui ont regretté les dieux, on a pu dire : Dieu reste. A ceux qui regrettent les rois, on peut dire : la patrie reste. A ceux qui regretteraient le bourreau, on a rien à dire.

Et l’ordre ne disparaîtra pas avec le bourreau ; ne le croyez pas. La voute de la société future ne croulera pas pour n’avoir point cette clef hideuse. La civilisation n’est autre chose qu’une série de transformations successives.

On regardera le crime comme une maladie, et cette maladie aura ses médecins qui remplaceront vos juges, ses hôpitaux qui remplaceront vos bagnes. La liberté et la santé se ressembleront. On versera le baume et l’huile où l’on appliquait le fer et le feu. On traitera par la charité ce mal qu’on traitait par la colère.

Ce sera simple et sublime. Voilà tout.

Victor Hugo, 15 mars 1832

 

Pour la première fois, dans l’histoire de l’abolition, l’homme, le condamné lui-même fait irruption sur la scène. Il ne s’agit plus de plaider, de débattre, de dénoncer la cruauté, l’inutilité de la peine de mort, d’évoquer l’erreur judiciaire toujours à l’affût. La discussion s’évanouit devant cet être de chair et de sang qui attend le supplice. Et puisque c’est un homme, le criminel, et non un concept, le crime, que l’on va tuer, Hugo les cite tous à comparaître devant lui : juges qui condamnent, bourreaux qui exécutent, peuple qui applaudit.

Qu’ils écoutent au moins cette voix terrible qui s’élève dans la nuit et crie : je suis jeune, je suis fort, j’aime la vie et demain je serai mort parce que vous l’aurez voulu.

Robert Badinter, 1989 in préface du « Dernier Jour d’un condamné »