LE BARBIER DE SÉVILLE, de Rossini, livret de Gaetano Sterbini, d’après la pièce de Beaumarchais. Adaptation de Marie-Louise Duthoit et Philippe Labonne.

Direction musicale : Guy Condette, mise en scène, scénographie et costumes : Philippe Labonne, assisté de : Marie-Louise Duthoit, lumières : Franck Roncière, avec : Valérie Condolucci, Nathalie Davoine, Stéphane Garcia, Claudia Marchi, Jean-François Sirérol, Wojtek Smilek, Pascal Terrien, Michel Vaissière, Jean-François Vinciguerra.

 


Définir
le Barbier en un mot ?

équilibre !

Equilibre parfait, équilibre formel, équilibre tant recherché entre écriture et composition, entre livret et partition. Notre désir naîtra donc de ce premier constat. Nous chercherons un point d’équilibre entre modernité et convention, entre nécessité d’imposer un langage résolument contemporain et volonté de puiser au cœur même d’enjeux définitivement universels.

 

Car qu’y a-t-il de plus universel que la trame du « Barbier » ? A aime B / B aime A / C aime B qui ne l’aime pas. La règle du jeu prévoit que tous les coups sont permis et que la morale, quelque soit son contenu, en sortira exsangue.

 

Monter le « Barbier » de Rossini c’est bien évidemment monter aussi celui de Beaumarchais ! Et ce qu’il y a de passionnant dans l’œuvre de Beaumarchais, c’est qu’il s’emploie à bâtir méticuleusement un édifice à la sobre silhouette classique qu’il prendra plaisir à balayer d’un revers de plume en écrivant Le Mariage de Figaro puis La Mère Coupable. Si le Docteur Bartolo avait eu en main ce Mariage de Figaro, n’aurait-il pas été en mesure de gagner la partie ? Si Rosine avait pu lire la description que fait Beaumarchais de son personnage en préface du dernier volet de la trilogie – la Comtesse Almaviva très malheureuse et d’une angélique piété - , aurait-elle accordé sa main à l’entreprenant Almaviva ? Car nous avons la chance, et c’est une première dans l’histoire du théâtre, de connaître les destins tragiquement banals de nos héros principaux une fois le rideau tombé ; un peu comme si Shakespeare nous dévoilait le quotidien minable de Roméo et Juliette se vautrant dans le bonheur conjugal ; si ces deux-là avaient pu s’entendre évidemment.

 

Et Dieu, que nous sommes loin des poncifs de la comédie romantique !

 

Monter le « Barbier » de Rossini, c’est donc bien évidemment monter aussi celui de Beaumarchais mais c’est aussi aller jeter un œil curieux sur la suite, mise en musique un demi-siècle plus tôt par Mozart, ne serait-ce que pour questionner à l’infini ce texte qui éclaire d’une bien étrange lumière la personnalité des protagonistes du « drame » (drame entre guillemets naturellement).

Et si Almaviva utilisait le mensonge et le travestissement, non par nécessité absolue, pour ne pas dire par amour pour sa belle, mais bien uniquement par passion pour le libertinage ? Et si Rosine n’avait d’autre alternative pour goûter à la liberté, pour échapper à la claustration, que de se jeter dans les bras du comte ? Et si Bartolo n’était pas seulement ce barbon vitupérant et rétrograde mais aussi un amoureux transi, maladroit certes, mais profondément sincère et aimant ? Et si Figaro était un peu plus qu’un valet à la solde d’un aristocrate sans scrupule, s’il était un rouage indispensable, un révélateur sans concession de l’étroitesse d’esprit de ce panier de crabes confiné, de cette microsociété grégaire et frileuse ? Voilà qui aurait tendance à rendre ce petit monde, sinon plus sympathique, du moins plus humain. Une humanité si loin des archétypes qu’on s’en sentirait proche et dont on rirait parce qu’on la connaîtrait bien. Tel sera notre second axe de travail.

 

Enfin, comment ne pas évoquer le rythme général de l’ouvrage. L’enchaînement virtuose des situations dramatiques comme des numéros musicaux impose naturellement ses tempi à la mise en scène. La logique du récit implique que nos trois protagonistes principaux veuillent en finir vite. Pourtant, et parfois en dehors de toute rigueur cartésienne – mais, nous sommes à Séville, ne l’oublions pas – chacun semble cultiver son propre rapport au temps. Certains courent essoufflés au dénouement pendant que d’autres s’attardent à murmurer des cantilènes ! Il conviendra donc de prendre le pouls de chaque situation, de se pencher sur la respiration de chaque scène afin que le rythme se révèle définitivement juste.

 

AfficheBarbier
ROSSINI / STERBINI
2007