DEVANT LA MORT, opéra en deux actes pour deux comédiens et un chanteur, tiré du drame de Alfred Savoir et Léopold Marchand. Musique de Nicolas Ducloux. Livret de Alfred Savoir et Léopold Marchand.

Mise en scène scénographie et adaptation : Philippe Labonne, lumières : Cyril Gougaud, création vidéo : Rémy Ratinska, avec : Rodrigue Bauchet, Mélanie Lemoine, Christophe Grapperon, Piano : Nicolas Ducloux, Contrebasse : Nicolas Crosse.

Production : Festival « Les Malins Plaisirs », Le Théâtre en Diagonale.

 

Nous, spectateur, confortablement installé, dans un des fauteuils de velours rouge du Théâtre du Grand Guignol, sis impasse Chaptal à Pigalle, Paris, France ; assistant à une représentation du drame en deux actes de Savoir et Marchand « Devant la Mort », nous n’aurions, en tout et pour tout, à nous mettre sous la dent qu’un seul et unique coup de couteau. De qui se moque -t-on ?

Familier du lieu, habitué des guillotines dégoulinantes, évicérations en tous genres et autres sanglants carnages, nous nous posons des questions !

En deux mots de quoi parle-t-on ?

 

Permettez, en cinq phrases, de quoi parle-t-on ?

1. Une épidémie de rage sévit dans une ville d’ Afrique du Nord ; 2. Le Docteur Plassant enferme sa femme avec son amant en leur disant qu’il a inoculé la rage à l’un deux ;

3. De crainte d’être contaminé, l’amant tue sa maîtresse ; 4. En réalité, aucun n’est malade ;

5. Plassant est vengé !

En cinq phrases, tout est dit et rien ne manque !

 

La concision du sujet n’a d’équivalent que la violence du propos.

La force et l’habileté diabolique des deux auteurs résident dans le fait qu’ils ouvrent grand les portes de l’imaginaire en transposant la violence primale des conventions liées au genre du Grand Guignol, en une violence tout aussi spectaculaire mais sur-concentrée parce que psychologique, parce qu’enfouie au tréfonds du conscient et de l’inconscient des protagonistes.

Savoir et Marchand soulèvent le couvercle de la boîte de Pandore. Nous nous penchons, curieux et nous frottons les mains.

Nous leur répondons mot pour mot en commençant par choisir délibérément la forme opératique. Comme le diabolique docteur Plassant, nous imposons la règle du jeu.

Basse profonde, artiste émérite, Plassant fait chanter les tourtereaux – au propre comme au figuré-, les oblige à lui répondre dans la langue qu’il a choisie, les manipule : un chanteur face à deux comédiens.

La statue de marbre du Jeune Premier vacille sur son socle, sous les coups de masse des auteurs avant de s’abattre dans le sable Algérien, telle l’effigie d’un dictateur trop longtemps acclamé pour la perfection de ses qualités.

C’est vrai qu’ils nous agacent les Jeunes Premiers à toujours être jeunes, à toujours être premiers. Alors, celui-là, Jean, l’amant, le négatif de Plassant, transpire la peur. La peur de celle qu’il vole, la peur du mari, la peur de la mort, la peur de tout ! Il finira par tuer, non comme Juliette pour rejoindre l’être aimé, mais comme le dernier des soudards, pour ne pas être tué. Il finira par ne plus maîtriser le langage que lui impose son nouveau maître : Plassant. Il bégaie le chant, oublie, ne se souvient plus de ce que le bon docteur vient de lui souffler à l’oreille. Pitoyable, en somme.

L’autre, la fille, la femme, la maîtresse du pleutre, l’épouse infidèle de Plassant, pour qui Diable – c’est le cas de le dire- roule-t-elle ? Victime ou victime consentante et soumise ou maîtresse-femme imposant à son mari – impuissant pourquoi pas ? – un dernier tour de piste. Difficile de croire à l’amour entre Jean et Elle et si, objectivement rien ne nous en empêche, nous déciderons de ne pas y croire parce que nous avons eu le malheur/bonheur d’ouvrir la boîte.

 

Joseph II dit à Mozart « Trop de notes Mozart !»

Nous, qui ne sommes pas roi, disons à Savoir et Marchand « trop de portes ouvertes, messieurs ! » ; mais nous applaudissons à tout rompre.

 

AfficheDevantlamort
ALFRED SAVOIR &
LÉOPOLD MARCHAND /
NICOLAS DUCLOUX
2009