UN IMPROMPTU A BELLAC, émission fictive, tournée en public dans les condition du direct, à l’occasion du 50eme Festival National de Bellac. Invité du jour : Jean Giraudoux.

Conception, adaptation et mise en scène : Philippe Labonne, réalisation et montage : Paul Eguisier,

cadre : David Gauchard, avec : Thomas Gornet et Jean-Francois Sirérol.

Production : Le Théâtre en Diagonale, Théâtre du Cloître (scène conventionnée de Bellac), Fondation de France.

 

 

Ils ne sont pas si nombreux ceux qui eurent l’incroyable prétention de donner à voir l’acteur au travail.

Les Molière, Giraudoux et autres Pirandello eurent cette audace.

Déchirer le rideau. Entrouvrir la porte. Soulever le couvercle. Lever la pierre, et accroupi comme un enfant, regarder les fourmis vaquer chacune à leur mission.

Quand je dis « l’acteur au travail », entendons nous bien et traduisons en un langage intelligible par tous.

- « acteur » : homme ou femme en charge de l’interprétation d’un rôle tragique ou comique. Il en est des grands, des petits, des médiocres – des rôles comme des acteurs -.

Jusque là tout paraît relativement simple … poursuivons …

- « au travail » : se dit de l’individu susnommé, quand, tenant à la main un des ces manuscrits usés jusqu’à la corde tant il fut ouvert, fermé, jeté, repris, il arpente en tout sens un espace que l’on s’accorde à appeler dans le monde civilisé : « la scène ». « La scène » qu’il visite le soir venu.

« Il y a la scène et la salle » dit la Lechy de Claudel, « tout étant clos, les gens viennent là le soir et ils sont assis par rangées les uns derrière les autres, regardant. (…) Ils regardent le rideau de la scène. Et ce qu’il y a derrière quand il est levé. Et il arrive quelque chose sur la scène comme si c’était vrai. »

Se dit aussi du même – et c’est là que le bât blesse –, quand, assis, debout, couché, les yeux au ciel, une cigarette vissée au coin des lèvres, il parle de « lui » des « auteurs », des « metteurs en scène », de « l’argent », des « critiques », des « camarades – les géniaux et les ringards », des « hommes », des « femmes », de « tout » et peut-être surtout de ce que l’être raisonnable appelle « pas grand chose ». Candide dirait de lui qu’il ne fait rien. Il semble ne rien faire et pourtant, il ne travail jamais tant que quand … il ne fait rien !

 

Alors, l’exercice de style est fascinant. L’auteur, le dramaturge, Giraudoux, devient chef de troupe. Peut-être est-ce là un vieux fantasme qu’il assouvit. Il invente la réalité, une réalité, sa réalité. Jouvet, Renoir, Ozeray, Boverio et tout les autres sont là devant lui, à portée de regard. Il en fait des personnages de théâtre. Il se met à penser à leur place, ne dicte plus au personnage mais à l’acteur qui interprète le personnage et devient par conséquent personnage lui-même devant à son tour être interprété par l’acteur (un autre).

Oui, fascinant !

Comment a-t-il fait ?

S’est-il inspiré de la réalité ou a-t-il tout inventé ?

Est-il seul à parler ?

L’acteur – enfin je veux dire le personnage – n’est-il qu’un truchement ?

Ou bien est-ce le contraire ? L’auteur n’est-il qu’un porte-parole, un traducteur, transcrivant à la vitesse de l’éclair la pensée d’un « acteur au travail »?

 

Nous nous devons de lui rendre la monnaie de sa pièce (!?)

A son tour, en faire un personnage de théâtre. Accentuer encore la mise en abime. Sans compter qu’il est plus simple de faire exister Giraudoux que Jouvet ou Renoir – il est toujours délicat pour un acteur d’incarner l’un de ses pairs, fut-il mort et enterré -.

 

J’imagine …

un auteur

un présentateur télé

un public

des caméras de télévision

le titre d’une émission imaginaire : « un impromptu à Bellac ».

bellac298
JEAN GIRAUDOUX
2008